Marie MEULIEN

Du 22 novembre au 1er décembre 2013

LE SEC ET LA SÈVE

GALERIE JEAN-LOUIS AMICE

Dans ses « notes poétiques photographiques », Marie MEULIEN nous offre un univers visuel suggérant que l’homme peut se réconcilier avec son regard « premier » ; pour peu qu’il accepte de voir par soi-même, et en retour d’être regardé par ce  – ou ceux – qu’il voit. Elle lui propose de tenter un regard déconditionné, humble, recueilli ; prêt à entendre ses images intérieures ; désireux d’y accéder et d’en savourer la valeur.

La forêt « primaire » tropicale de la vallée de Mai est la métaphore et le terrain de sa démarche. Sur le point de disparaître au début du XXe siècle, celle-ci fut in extremis préservée par la volonté des hommes… C’est là que touchée par la beauté, la puissance mystique et l’histoire du lieu, elle expérimente que la photographie peut devancer  les mots pour exprimer le « remuement » poétique.

Dans la série Calame, elle associe la silencieuse régénérescence végétale au souffle calligraphique. Dans La forêt m’écrit, cette forêt nous regarde, nous prenant au jeu d’une relation réciproque, pacifique, heureuse. Au-delà des techniques que l’homme invente, libre à lui de faire de son regard sur la nature un soutien pour son espérance, et pour son action.

La poésie est une force pour résister aux conditionnements et à notre finitude. Parfois, son chant nous tend une image. Alors, l’enfant qui reste en nous – « indéfiniment vivant » avec « son insatiable faim d’harmonie » – nous offre sa joie en partage. Ainsi, Le sec et la sève s’inscrit dans une vision revitalisée et humaniste du monde.

La sève circule dans les veines du sec
Depuis des temps immémoriaux.
Noire, sève tue, l’encre aspire à la clarté.
Potentiel d’un regard « premier ».

Une part d’éternité est en chacun de nous.
Les arbres nous y relient.
Ils sont notre abri, notre trace, notre mystère.
Toujours, ils nous ont précédés. Toujours, ils nous dépassent.
Ils portent l’homme vers la lumière, et s’il y consent, vers sa clarté.

Pour peu qu’on les laisse en paix,
Ils savent créer sans apprentissage :
Du vert avec de l’ombre,
Des cathédrales et des opéras avec des palmes en lambeaux,
De la sève avec du sec.